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“La mort est une dette que chacun ne peut payer qu’une fois.”

J’ai connu la mort jeune, à un âge où l’on croit qu’elle n’existe pas. Elle n’était pour ma petite personne qu’un lointain vacarme qui touche les autres mais dont seul l’écho nous parvient parfois. Un âge où tout parait éternel, particulièrement la vie. Elle était bien plus tangible que je ne le croyais et ses visites se firent courantes mais je ne me suis toujours pas habitué à elle. Au moment où j’écris ces lignes, elle vient encore de rendre une de ses visites totalement impromptues. On dirait qu’elle choisit ses compagnons de plus en plus jeunes mais elle n’est pas connue pour être sélective ou pour faire dans la discrimination.

On vient m’annoncer la mort d’une proche et toutes mes pensées se portent vers son sourire qui quelques jours auparavant s’illuminait lors d’un baptême. Un sourire devenu un souvenir qui va sans doute s’estomper avec le temps. Combien de projets avait-elle en tête ? A t’elle pensé ne serait-ce qu’un instant, que son bref passage sur terre était sur le point de s’achever ? Avait-elle plus de regrets que de remords ? Comment elle aurait voulu qu’on se souvienne d’elle ? Comment je voudrais que l’on se souvienne de moi ?

Suis-je égoïste de penser à moi ? sans doute ! Mais je ne suis qu’un homme et faible de surcroit.

Après avoir prié pour elle, une seule question m’obsède : que serait-t-il resté de moi si la mort était venue me quérir aujourd’hui ? J’ai bien peur que la réponse ne me plaise guère. On dirait que le voile d’illusions qui nous entoure presque toutes nos vies s’est levé pour moi durant ce bref instant et le spectacle que j’ai donné sur scène durant ces 29 ans n’est pas des plus reluisants. Ce qui arrive sur la Terre reste sur la Terre. Et je me rends compte que si mon souffle me quittait en ce moment ce qui resterait comme souvenir ne serait absolument pas moi mais juste un ersatz de ma personne. Une vie qui n’a consisté qu’à une succession de levers et de couchers de soleil où j’ai tout fait sauf l’essentiel à savoir vivre ! Mes préoccupations matérielles du moment n’ont absolument plus aucun sens car je ne veux pas qu’elles déterminent ce qu’a été mon passage sur cette terre. Je crains d’avoir était plus chair qu’esprit !

Tellement de rêves que j’ai laissé en chemin, d’opportunités gâchées, de non-dits… Un homme taiseux et sceptique qui a utilisé le sarcasme pour se protéger étant incapable d’exprimer ses sentiments, dont la sincérité sur sa vraie nature était plus rare que la vérité dans la bouche d’un menteur, Un homme dont on savait rarement ce qu’il pensait, dont ses pensées sont plus souvent tempêtes qu’océans paisibles, un homme tellement fuyant que vraiment personne sur cette terre n’a réussi à définir ses contours. Je crains avoir consacré plus mon temps à montrer qui je n’étais pas que celui je suis. Un homme qui a aimé et qui ne l’a jamais dit, un homme qui aime et qui ne le dit toujours pas !

Au tribunal de la mémoire, le témoin à charge se nomme regret. Et j’en ai tellement…

Il y a tellement de choses que j’aimerais dire à tellement de gens…

Dire à mes frères et sœurs que je ne saurais rêver meilleurs compagnons de vie qu’eux. Que si mon chemin est un peu plus paisible c’est que mes ainés ont éclairé ce chemin, qu’ils m’ont relevé à chaque fois que j’ai trébuché et qu’ils m’ont aussi laissé me relever seul pour m’apprendre à être un homme. Que je ferais tout pour en faire autant pour mes cadets.

Dire à mes mères que leur donner l’univers et tout ce qu’il renferme ne saurait montrer la gratitude et l’amour que je ressens pour elle. Qu’elles m’ont montré que rien au monde n’est plus fort qu’une femme forte ! Elles qui nous ont porté et nous portent encore.

Parler à mon père une dernière fois et lui dire qu’il a été le meilleur des guides lui qui nous a appris que la valeur d’une vie ne se mesure pas à l’aune de ce que l’on a accumulé mais de ce que l’on a donné aux autres sans retour. Pas du don de ce que l’on a mais de ce que l’on est ! Que l’on pouvait faire des compromis avec les autres mais jamais avec soi-même…

J’aimerais que ce voile reste lever et que cette lucidité soudaine puisse durer plus longtemps que mes illusions. Que je sois plus longtemps conscient de la fragilité d’une vie, de la mienne, de l’importance des miens que j’oublie un peu trop souvent… Que le souvenir qui reste de moi soit véridique

Mais je ne suis qu’un homme et l’oublie est une seconde nature chez nous…

Repose en paix ma sœur et que le Paradis soit ta demeure éternelle !

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10 Comments


  1. Anonymous

    April 20, 2017 at 12:46 pm

    J’ai bien lu Ersatz ? Je ne savais pas qu’il est utilié en français aussi . J’ai aussi perdu un etre cher , trés et dans des circonstances que je ne raconterai jamais a personne … Massa guest c tres dur mais ns y passeront tous inchallah motah na lepp rafett . Essayons chaque jr d’etre meilleur

    Reply

  2. Sophie-Steph

    April 20, 2017 at 1:08 pm

    Très fort et beau texte. Merci, car celà décrit très bien ce que je ressens également, quasiment en tous points; merci pour l’inspiration.
    Massa pour ta perte, que le Tout-Puissant l’accueil auprès de Lui. Ce début 2017 est particulièrement difficile pour pas mal de gens on dirait…

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  3. moumy

    April 20, 2017 at 1:24 pm

    Priéres pour elle que fIrdawsi soit sa derniere demeure Amiin.Rappel trés important que tous devront faire pas seulement de temps à autre mais quotidiennement.Aduna dafa jeikh ba parei kouko japp sa bopou mais mom japoul kenn .Lorsque jai perdu ma soeur l’age de 4 ans et moi 16 ans et que je ne cesse de pensée à ccette nuit ou je partagais mon lit avec elle .elle est partie trop jeune mais en moi celà m’a appris a etre forte,mature et de me perfectionner chaque jour chose que trés peu de mon entourage puisse comprendre .Dakorouma tamit qu’on dise que kou déi ya perte non y’en a qui se souviennent des morts

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  4. Abass

    April 20, 2017 at 2:23 pm

    Envie de te dire sors de ma téte merci pour ses mots

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  5. mame coumba dieng

    April 20, 2017 at 2:35 pm

    Oui, mon frère, je m’incline

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  6. Itou

    April 20, 2017 at 3:13 pm

    Ah la mort, on dit qu’elle fait partie de la vie mais comme c’est dur quand ça nous touche directement. Qu’Allah accueille la disparue au Paradis Céleste.
    Merci pour cet article qui rappelle qu’il y a autre chose que le matériel que l’on cherche tant à accumuler dans cette vie.
    Certaines choses n’ont pas de prix. Il faut lutter pour ne pas laisser sa personnalité s’altérer et accepter d’être soi même… de vivre tout simplement…
    Du courage

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  7. Marichou

    April 20, 2017 at 6:34 pm

    On dirais que c’est moi qui écrit ces lignes du début jusqu’à la fin avec la perte d’un promotionnaire récemment.Et je ressens les mêmes sentiments, les mêmes regrets sur ma vie….
    Qu’elle repose en paix.

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  8. Na

    April 21, 2017 at 11:40 am

    Je n’aurais jamais pensé dire d’un texte sur la mort qu’il est beau. Merci pour ce rappel! Je prie pour la personne qui est partie. Puisse le Paradis être sa dernière demeure! Ameen

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  9. Anonymous

    April 21, 2017 at 1:13 pm

    tres beau texte qui fait réfléchir sur l’absurdité de la vie et l’aspect éphémère de notre existence
    on ne s’en rend compte que lorsque la mort nous prend quelqu’un de tres proche

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  10. Mary

    April 21, 2017 at 6:24 pm

    La beauté de ce texte réside dans la véracité des mots. Mais merci aussi pour le rappel. Et que Dieu accueille les morts dans son Paradis éternel

    Reply

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