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Mère douleur

Guest: Nina Wade


Pourquoi depuis si longtemps je ne t’écris ? Je sais que quand tout va bien, je n’écris rien; je vis. Je trouve particulièrement difficile de raconter les bonnes choses. Aujourd’hui, je m’autorise ce retour aux sources. J’aime cela vraiment beaucoup. Pour te parler de quoi ? Bien sûr d’un certain mal-être : excessive sédentarité. Un manque de rythme depuis plusieurs mois. Souhaitons que mes prochaines grossesses ne se déroulent pas de la sorte. S’y ajoutent des insatisfactions diverses : la bonne qui ne prépare pas les plats à mon goût, zéro effort intellectuel pour rédiger un début de commencement d’une thèse de doctorat ensevelie, le flou total quant à mon devenir professionnel, pas d’argent (car je n’appelle pas argent les petits billets donnés par le mari). C’est tout je pense.

Mes réconforts ce sont les bonnes petites bouffes, la perspective d’accueillir ma petite en ce monde moche et merveilleux. Mon mari. Ecrire.

A bientôt, j’ai sommeil…je vais piquer une sieste…

Plus tard, avec bébé.

Je l’avoue, confondue : je n’ai jamais su comment bien m’occuper de mon bébé. Il a quatorze mois, est petit comme une souris, ne mange que sous la contrainte, dort peu et sert de prétexte à mes parents et à mon entourage pour me critiquer sur plusieurs plans : mon allaitement de tous les moments, mon incapacité à l’asseoir pendant ses repas. Mon bébé aime courir quand il mange, il me mène par le bout du nez, de la cuisine à la chambre, en passant par la salle de bains. Il sourit, mange une bouchée, court se cacher au balcon, je l’y suis. De bon cœur. Pourvu qu’il mange. Ça, c’est lorsque personne n’y assiste. Si par malheur, on me surprend ainsi, j’ai droit à une réaction choquée : « C’est pour cela qu’il est si petit et que toi aussi tu as autant maigri ». Et n’importe qui se permet la remarque. Je m’assieds alors, j’essaye de le tenir. Le refus qui s’ensuit ne sert qu’à conforter mon détracteur. « C’est toi qui lui as donné de mauvaises habitudes ». Oui mais, si je m’y prends mal, c’est que je n’ai aucun modèle. Ni mère, ni belle-mère, ni tante pour m’enseigner l’art et la manière. Je sens bien que je m’y prends mal, j’enrage, je culpabilise, je ne rétorque rien. Je n’ai aucune confiance en ma méthode et aucun goût pour la polémique. En revanche, si ma peine ne se manifeste pas face aux autres, avec Bébé, je craque. J’en arrive à ne plus vouloir de lui, à être tentée de le taper, je maugrée la nuit quand il demande le sein ou un câlin. En même temps, je ne me sens pas le courage de le laisser à quelqu’un d’autre, quelques jours pour le sevrage. C’est déprimant.

Je dois réagir. Prendre des mesures définitives. Engager une nounou professionnelle et pas voleuse. Me farcir la présence de deux bonnes dans le petit appartement sans faire amis-amis, car je ne copine pas avec mes bonnes. Cela leur donnerait l’audace de me dépasser puisque question personnalité, je ne sais pas m’imposer. La non-communication superflue est le seul moyen que j’utilise pour garder une certaine autorité. Je trouve mon attitude nulle. Je suis nulle à bien des égards depuis un bon moment. Allons, il s’agit de faiblesse, plus que de nullité. Il ne manquerait plus que je me maltraite, alors que je ne supporte pas que l’on maltraite qui que ce soit.

De plus, les remontrances de mon père sur la tenue de ma maison, sur le fait que Bébé salit tout du fait de mon laxisme et la mauvaise impression que je donne par cet aspect négligé de mon intérieur font que je m’en veux. Je veux sortir de cette « incompétence ménagère », de cet « échec de puériculture » concernant Bébé, de mon chômage, de mon corps flapi, de mon teint terreux, de mes cheveux sans coiffure, de ma banalisation. De jolie jeune fille brillante, je suis passée à « mère douleur ». Quand j’y pense, je suis atrocement vexée.

Causalité ? Dans le désordre : le laisser-aller dû à l’absence de mon époux parti travailler au loin, la difficulté de vouloir faire tout par moi-même, la maladie passée, l’hospitalisation, la bonne qui me détroussait pendant ce temps, la perte d’emploi, l’attentisme. Le découragement facile.

De tout ceci, je dois guérir.

J’ai écouté mon père, mon brave papa venu tout droit à l’hôpital, directement de l’aéroport. Le lendemain, j’étais exéatée. De l’avoir vu toucher du doigt mes tares et me proposer des solutions vaut déjà déclic. Cet aiguillon sera-t-il assez fort pour être suivi d’effets ? Vais-je prendre une nounou efficace ? Vais-je courir les concours pour me caser professionnellement ? Vais-je retaper mon salon et y faire régner l’ordre ?

Ma nature désinvolte et peu prévenante est si dominatrice. Il me faudra beaucoup de détermination à la combattre. Il le faut, il le faut. Je dois me battre ! Écris toujours, hargne ta prose, tu n’en feras rien au finish. L’abcès ne se crève qu’au paroxysme de la purulence. J’en suis loin. Je souris à tout-va. Mon bébé en a besoin. Je suis une convalescente qui fait encore pitié mais qui se terre chez elle. Comme personne ne me voit, je vais bien. Bientôt ces veines noircies, durcies et enflées ne se verront plus. Comme à l’accoutumée, mes illusions d’équilibre sont sauves. Il n’y aura pas de vrai sursaut de ma part et ça repartira graduellement, gentiment. Pas de coups d’éclat quand on est une bonne mère.

Nina.

 

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7 Comments


  1. Diarrah

    July 27, 2017 at 11:15 am

    je sens dans ton écriture une volonté de faire mieux. et j’y vois aussi la force de le faire. Mais pourquoi cette force ne se résume qu’aux mots? Chère Nina , tu n’ai pas sans savoir que la vie est un long combat et que chaque action compte aussi minime qu’il soit a tes yeux. ce bout de choux que tu aime tant doit être ta motivation, aide le a grandir dans un cadre ou il aura lui au moins un model; un model exemplaire. enseigne lui le courage et la volonté d’y arriver. ne lui donne pas une seule occasion de vouloir laisser tomber dans la vie. tu as encore cette force en toi. donc utilise la levé toi et affronte autant que tu peux défend le autant que tu peux. (en te défendant pour lui) Efface cette douleur et devient une Mère Lionne.

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  2. Ms.T

    July 27, 2017 at 11:32 am

    Take your time lady. You’ve been through so much, your body has been through so much, you mind has been through so much. I don’t think that our society realise what it takes to bring life to this world. It’s magical, yes, but it’s also not easy. So I understand you feel like you’re not doing enough, but you are. You’re doing what you can with what you have available. You need help (and you should seek it), yes, but that does NOT by mean that you’re a bad mother, you’re human after all. Keep pushing and doing the best you can *virtual hug*

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  3. struggling mom to be

    July 27, 2017 at 12:37 pm

    Fais toi confiance ma grande tout ira bien !
    Je me le répète tous les jours maintenant devant le miroir (en essayant d’être en pleine conscience de ce que je dit), l’effet de persuasion marchera j’en suis convaincue​.
    suis une soon to be mom et mon petit corps est entrain de souffrir, intellectuellement je n’y arrive plus non plus et ça me fait culpabiliser mais je suis sûre et certaine que cela va aller pour le mieux très bientôt in sha Allah.
    Prendre conscience de la cause de sa douleur mettre un doigt dessus c’est un grand pas vers le mieux.
    Et pour ton petit bébé c’est toi sa maman tu sais ce qu’il y a de mieux pour vous deux et si un jour tu te rendais compte que tu n’y arrivais vraiment pas cherche et trouve de l’aide (no shame en cela), trouve une personne qui t’aidera sans te juger.
    Bon courage superwoman

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  4. Dans la meme situation

    July 27, 2017 at 2:22 pm

    Chere nina, je pense que toi et moi avons le meme probleme. Jai une fille de 16mois qui est super hyper active mais mon entourage ils ont parfois tendance a me repprocher son comportement comme quoi elle est impolie. Ce ki nest pas le cas parce que je pense qu’un enfant de 16mois c tjrs un bb et cela me poussait à la taper ou à lignorer (mauvaise chose a faire) . Lui courir apres pour qu’elle mange c’est notre routine. Avec le temps jai appris kil faut dabor de la confiance en soi, ne pas ecouter les gens ki voudont ke tu traites ton enfant autrement. C’est juste un petit passage. Je pense que ce qui rend cette tache difficile cest de ne pas travailler, ce ki est mon cas aussi mais bon life goes on. Fais de ton bb ton amie et tout ira bien inchallah. Du courage ma belle !!!!

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  5. NK

    July 27, 2017 at 5:23 pm

    Thank you ladies pour vos mots réconfortants. je suis sure que ça lui fera plaisir et lui fera se sentir mieux

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  6. Tisha

    July 27, 2017 at 7:47 pm

    Nina…pour commencer tu es une mère et une mère n’est jamais bonne à rien. Chaque enfant à son rythme et je pense que jusqu’à un certain âge c’est aux parents de s’adapter peu importe ce que pensent les autres car il n’existe pas de guide d’emploi pour les bébé faut y aller au feeling à 14 mois c’est trop tôt pour imposer des règles. Ma fille a 3 ans et elle court encore dans tous les sens pour manger mais cela ne me dérange aucunement car quand elle a faim elle réclame et mange normalement je m’adapte et ne la force pas tout en fixant certaines limites car à 3 ans elle est an âge de comprendre les règles mais à 14 mois c’est trop tôt. Essaie de te faire plaisir pour dégager des ondes positives….force toi à te faire belle et fais toi des compliments Devant la glace. N’hésites pas à confier ton enfant de temps en temps à des gens de confiance et fais toi Plaisir… Je suis restée 2 ans avec ma fille h24 car j’étais au chômage et je me souviens au début j’étais très à cheval sur la propreté de l’appartement fallait que tout soit bien rangée et ça m’epuisait. J’ai appris à lâcher prise à un moment car avec un enfant en bas âge c’est normal qu’il y ait des imperfections dans la maison faut s’accorder le droit d’avoir des failles car certes nous sommes des mamans et des héros mais nous ne sommes pas infaillibles. Faut l’accepter et laisser les choses se mettre en place naturellement. Surtout n’écoute pas les gens chacun n’a qu’à se gérer. Du courage et plein d’ondes positives à toi…

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  7. Kitou

    August 8, 2017 at 3:01 pm

    Tu es une très bonne mère, tu fais ce que tu peux ! et le fait déjà de culpabiliser montre que tu t’en soucies. Prends soin de toi d’abord, à ton rythme sans te soucier du résultat. Aimes toi et chouchoutes toi, fais le pour vous deux sans contraintes mais avec plaisir et envie et tu verras. Tu es une très bonne mère, dévastée par le poids de tes obligations sociales mais relax, ton enfant t’aime plus que tout au monde et ne t’échangerait jamais pour la meilleure nani qui soit. Nos enfants nous aiment, qu’on soit bonne ou mauvaise mère (il n’y a pas de mauvaises mère dailleurs il n’y a que des femmes qui sont dépassées ou qui souffrent et par ricochet leurs enfants trinquent)
    Fais ce que tu peux et ne culpabilise pas chacun son rythme. je te souhaite bcp de courage ça va aller sois en sure et certaine. Prends bien soin de toi et VAS Y A TON RYTHME SANS PRESSION

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